Comprendre les états généraux de l'alimentation en 3 questions

Qui y participe ?

Lancés le 20 juillet 2017, les états généraux de l'alimentation (EGA) affichent un double objectif : améliorer la rémunération des agriculteurs et l'alimentation des consommateurs.

 

Ces EGA sont scindés en deux chantiers :

  • le premier consacré à la création et à la répartition de la valeur s'achèvera le 10 octobre
  • le deuxième portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous se terminera fin novembre.

 

Au sein de chacun de ces chantiers, des ateliers sont organisés sur divers sujets liés à l'agriculture et l'alimentation.

 

Tout le monde doit être consulté lors de ces états généraux : le monde agricole et la grande distribution bien sûr, mais aussi les industriels, les associations de consommateurs, les ONG caritatives ou environnementales, la restauration collective, les acteurs de l'économie sociale et solidaire, sans oublier les acteurs de la santé...

 

Au total, onze ministères pilotés par celui de l'Agriculture et quelque 500 personnes participent à cette réflexion collective (représentants des ONG et des syndicats, élus et experts...).

 

De plus, tous les citoyens peuvent participer à la consultation publique organisée via Internet, sur le site egalimentation.gouv.fr (lien ci-dessous).

 

Quels sont les objectifs ?

Les objectifs de ces états généraux de l'alimentation sont multiples.

 

Si tous les participants s'accordent à dire que c'est une excellente idée, ils n'en attendent pas tous les mêmes choses...

 

Cette grande consultation professionnelle et citoyenne a des objectifs ambitieux :

  • mettre un terme à la crise des prix qui étrangle les paysans
  • favoriser une chaîne de production durable et équitable
  • permettre une alimentation plus saine et plus respectueuse de l'environnement
  • s'assurer que cette alimentation demeure accessible au plus grand nombre.

 

Le premier objectif des EGA est de permettre aux paysans de vivre dignement de leur travail.

 

En 2016, un agriculteur français sur deux a gagné moins de 354€ par mois selon la Mutuelle sociale agricole (MSA).

 

De plus, on recense un suicide tous les trois jours dans le monde agricole, car la situation des producteurs est particulièrement difficile :

  • 30% des agriculteurs ont déclaré moins de 4248€ en 2015.
  • 21,2% des chefs d'exploitation ont perdu de l'argent en 2015.
  • les revenus sont à la baisse dans l'ensemble des secteurs (-11% entre 2014 et 2015)
  • cette baisse affecte en particulier la filière laitière (-30,7%) ainsi que les céréales et les cultures industrielles (-21,5%)
  • seules les filières d'élevage pour la viande et la viticulture tirent leur épingle du jeu avec des revenus en hausse.

 

Selon Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole : "Le dogme du prix bas a conduit à des situations catastrophiques. Certaines productions ont été délocalisées. Et les gains de productivité obtenus ont tous été captés par l'aval" (c'est-à-dire les industriels et la grande distribution).

 

La première phase des états généraux qui doit s'achever le 10 octobre a pour but de freiner la guerre des prix, en pesant directement sur les prix lors des négociations annuelles avec la grande distribution, qui se tiennent en octobre.

 

Le deuxième axe des états généraux est de permettre une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous, ce qui correspond d'ailleurs aux attentes des consommateurs.

 

"80% de la croissance en grandes et moyennes surfaces se fait grâce aux produits locaux, bio, veganes et sans gluten", souligne Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

 

Actuellement, la filière bio ne représente que 8% des exploitations (35.231 producteurs en juin 2017), mais sa consommation explose, avec une croissance de 18% des ventes en valeur au premier semestre.

 

Dans ce deuxième volet, les EGA s'intéresseront aux aspects environnementaux et sanitaires de notre alimentation, avec des objectifs ambitieux en matière de sécurité alimentaire, santé, lutte contre le gaspillage, transition écologique de l'agriculture et renforcement de l'attractivité des métiers agricoles.

 

Copyright : Narek75

 

Quelles sont les limites ?

Grâce à ces états généraux de l'alimentation, tous les acteurs concernés devaient tenter de s'accorder sur des solutions pour sortir de la crise du secteur agricole, tout en prenant en compte les enjeux climatiques et de santé publique.

 

Or, même si tout le monde reconnaît qu'il faut changer le système actuel, le risque est grand que ces EGA ne soient qu'un dialogue de sourds entre agriculteurs et distributeurs, écologistes et producteurs, acteurs institutionnels et multinationales...

 

De plus, on ignore encore si ce Grenelle de l'alimentation débouchera sur une loi ou d'autres mesures concrètes.

 

Le gouvernement avoue qu'il compte beaucoup sur "les engagements volontaires de tous les acteurs". "Si c'est utile, nous ferons une loi. On ne s'interdit a priori aucun levier pour agir.", a-t-on déclaré au ministère de l'Agriculture.

 

Malgré la volonté affichée par le gouvernement, les actes ne suivent pas... En effet, le budget 2018 prévoit que les aides au maintien des exploitations bio (versées après cinq ans d'installation) ne seront plus prises en charge en partie par l'Etat.

 

L'Etat a décidé de se concentrer sur les aides à la conversion, mais cette décision est jugée incohérente par les acteurs du secteur.

 

Pour Guillaume Riou de la Fédération nationale d'agriculture biologique, le gouvernement "annonce vouloir sauvegarder la planète sans que son action soit au rendez-vous. Son ambition pour ce secteur qui représente une formidable opportunité économique est minimale".

 

https://www.egalimentation.gouv.fr/

Auteur :   |   Date de création :   |    Dernière mise à jour : 09/10/2017